L’instant d’éternité

L’âme ne se situe ni du côté du bien ni du mal tels que l’homme les conçoit. Elle n’évalue pas, ne juge pas, ne moralise pas. En elle, il n’existe qu’un principe de vie : plein, fertile, rayonnant. Ce principe n’entre en rivalité avec rien. Il n’a pas d’opposé.

Lorsque l’homme s’enferme dans une vision morale du monde, divisée entre le bien et le mal, il se coupe de cette vie intérieure. Il commence à classer, hiérarchiser, mesurer : les êtres, les états, les chemins, et finalement lui-même. Là où la vie est un flux, il introduit une structure rigide. Et la souffrance commence.

Dans cette logique, beaucoup entrent dans une recherche spirituelle avec une attente erronée. Ils cherchent des signes, des expériences, des manifestations visibles. Et lorsqu’il ne se produit rien de spectaculaire, ils concluent qu’ils sont “petits”, “insuffisants”, “pas encore prêts”. Cette autocritique n’est pas anodine : elle a un effet direct sur les énergies.

Car chaque moment d’ouverture, de méditation ou de prière élève réellement les énergies, même si rien n’est perçu consciemment. Mais lorsque, aussitôt après, l’homme se juge inférieur ou incapable, ces énergies retombent brutalement dans le plexus solaire. Elles ne peuvent alors plus être utilisées spirituellement. Elles se transforment en surcharge émotionnelle.

C’est ainsi que, croyant évoluer, l’homme renforce parfois ce qu’il voulait dépasser : nervosité, irritabilité, agitation, désir, frustration. Il confond ce déséquilibre avec une transformation intérieure. C’est une erreur. Ce mouvement ne conduit pas à l’âme, mais à un enfermement plus profond dans la personnalité.

Dans tout acte d’ouverture au divin, une vigilance est nécessaire. Il ne s’agit pas de forcer, ni de se juger, mais de porter les énergies haut, dans un état de confiance et de paix. La méditation ne doit pas s’interrompre brutalement lorsque l’on revient au monde. Elle doit se prolonger intérieurement, même quelques instants.

L’image est simple : une flèche ne peut être lancée violemment vers le ciel pour retomber aussitôt dans la terre. Elle doit être tirée avec calme, stabilité et confiance. Si la confiance en soi fait défaut, alors il faut s’appuyer sur la confiance en la présence divine intérieure. Ce n’est pas un effort de volonté, mais un abandon à une force plus vaste.

Lorsque la méditation est juste, l’état atteint ne disparaît pas immédiatement. Il se prolonge dans la vie ordinaire : dans la parole, dans le regard, dans l’action. D’abord quelques minutes, puis plus longtemps. Chaque fois que cet état est maintenu, même brièvement, un pas réel est accompli dans la conscience.

Et à force d’additionner ces pas, sans se juger, sans se mesurer, un changement d’état s’opère. C’est ce changement qui ouvre l’accès à cet instant d’éternité où l’âme peut être reconnue, approchée, et finalement vécue comme une évidence.

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